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Philo : la nature

La nature est une notion que les élèves croient connaître, et c’est précisément ce qui les met en difficulté : ils écrivent sur les paysages et les animaux là où le sujet portait sur l’essence d’une chose ou sur l’ordre du monde. Voici trois idées reçues à écarter, les repères d’auteurs à tenir, d’Aristote à Rousseau en passant par Spinoza, la place des questions écologiques, et un protocole de révision en quatre séances.

Mythe n° 1 : « la nature, ce sont les arbres et les animaux »

Le mot recouvre au moins trois sens distincts, et un devoir qui n’en distingue aucun tourne en rond dès l’introduction. Premier sens : l’ensemble de ce qui existe sans avoir été produit par l’homme, ce que l’on oppose à l’artifice et à la culture. Deuxième sens : l’essence d’une chose, ce qu’elle est en propre, comme dans l’expression la nature humaine. Troisième sens : l’ordre du monde régi par des lois, celui qu’étudient les sciences.

Ces trois sens ne se recouvrent pas, et c’est leur écart qui fait travailler la copie. Dire que l’homme est un être de culture et non de nature relève du premier sens ; se demander s’il existe une nature humaine relève du deuxième ; se demander si tout est déterminé relève du troisième. Une même formule courante, il est dans la nature de l’homme de…, mélange allègrement les trois.

Le réflexe de méthode se prend en une séance : devant un sujet contenant le mot nature, écrire au brouillon les trois sens, puis rayer ceux que le sujet ne met pas en jeu. Ce qui reste donne souvent la tension du devoir.

Mythe n° 2 : « ce qui est naturel est bon »

C’est l’idée reçue la plus coûteuse, parce qu’elle passe inaperçue : elle glisse d’un constat à une norme. Du fait qu’une chose se produit dans la nature, il ne suit pas qu’elle soit bonne, ni qu’elle doive être. La nature décrit ce qui est ; le bien relève de ce qui doit être, et rien ne fait passer automatiquement du premier au second.

L’argument sert dans les deux sens, et un bon devoir le montre. On invoque la nature pour justifier un ordre établi, en le disant naturel ; on l’invoque aussi pour condamner comme contre nature ce que l’on désapprouve. Dans les deux cas, on emprunte à la description l’autorité d’une prescription. Repérer ce glissement dans un texte à expliquer vaut souvent le meilleur paragraphe de la copie.

Rousseau est ici mal lu plus souvent qu’à son tour. Son état de nature, dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, est une hypothèse de méthode, un point de départ construit pour comprendre ce que la société ajoute à l’homme, et non un âge d’or historique dont il faudrait avoir la nostalgie. Rousseau prévient d’ailleurs lui-même qu’il écarte les faits. L’élève qui présente le retour à la nature comme son programme se trompe de thèse.

Mythe n° 3 : « l’écologie, c’est de la politique, pas de la philosophie »

Les questions écologiques posent au contraire des problèmes proprement philosophiques, et ils se formulent en une question : que devons-nous à la nature, et à quel titre ? Trois réponses s’opposent et suffisent à structurer un développement. Nous ne devons rien à la nature elle-même, mais nous nous devons à nous-mêmes de la préserver, parce que nous en dépendons. Nous devons quelque chose aux générations futures, qui n’ont pas encore de voix. Ou bien les êtres vivants ont une valeur propre, indépendamment de leur utilité pour nous.

Le repère habituel du côté de la maîtrise est la formule du Discours de la méthode, où Descartes assigne à la science le projet de nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Le repère du côté de la responsabilité est Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité, qui soutient que la puissance technique acquise oblige à une éthique tournée vers l’avenir, puisque nos actes engagent désormais ce que nous ne verrons pas.

Un développement solide évite ici deux facilités symétriques : faire de la technique une agression contre la nature, ou de la nature un simple stock de ressources. La question est celle du statut : moyen, milieu, ou valeur en soi.

La réalité : quatre repères d’auteurs et trois distinctions

Un devoir n’a pas besoin de dix références, mais de deux ou trois thèses tenues, capables de trancher un problème. Les quatre repères ci-dessous couvrent l’essentiel des sujets sur la notion ; les formules citées se vérifient dans l’édition utilisée en classe.

  • **Aristote** : un être naturel a en lui-même le principe de son mouvement, alors qu’un objet fabriqué le tient de l’extérieur. De là l’idée que la nature agit en vue d’une fin, résumée par la formule selon laquelle elle ne fait rien en vain. C’est le repère à convoquer dès qu’un sujet oppose le naturel et l’artificiel.
  • **Descartes** : la nature est un mécanisme intelligible, que la connaissance des lois permet de maîtriser. Le repère utile dès qu’un sujet porte sur la technique, la science ou la transformation du monde.
  • **Spinoza** : Dieu, autrement dit la Nature. Tout ce qui est suit nécessairement de ses lois ; il n’y a donc ni miracle, ni finalité cachée, ni rien qui soit véritablement contre nature. La distinction entre nature naturante, la puissance productrice, et nature naturée, l’ensemble de ce qui en résulte, est le repère le plus efficace contre le mythe n° 2.
  • **Rousseau** : l’état de nature est une hypothèse méthodologique servant à mesurer ce que la société a fait de l’homme. Le repère à convoquer dès qu’un sujet porte sur la nature humaine, l’origine des inégalités ou l’opposition entre nature et culture.

Le protocole : quatre séances pour tenir la notion

La philosophie se révise en écrivant, pas en relisant. Une notion tenue est une notion que l’élève sait problématiser seul, feuille blanche, en quelques minutes. Quatre séances d’une heure suffisent à mettre une notion dans cet état.

  1. **Séance 1, la fiche de distinctions** : les trois sens du mot nature, les trois couples de l’encadré, chacun illustré par un exemple personnel et non par un exemple du cours.
  2. **Séance 2, les repères d’auteurs** : pour chacun, une thèse en une phrase, ce qu’elle permet de trancher, et une objection qu’on peut lui faire. Une thèse sans objection ne sert pas dans un devoir.
  3. **Séance 3, six introductions** : six sujets différents, et pour chacun seulement l’analyse des termes, le problème et l’annonce du plan. Écrire six introductions apprend plus que rédiger une dissertation complète, parce que c’est là que la plupart des devoirs se jouent.
  4. **Séance 4, un devoir rédigé et corrigé** : un seul, en temps limité, puis relu avec le professeur ou comparé à un corrigé. C’est la seule étape qui vérifie que la notion tient sous contrainte.

Questions fréquentes

Combien de citations faut-il apprendre par notion ?

Deux ou trois, à condition de savoir ce qu’elles permettent de démontrer. Une citation sert à trancher un moment précis du devoir ; placée en ornement, elle ne rapporte rien et alourdit la copie. Mieux vaut une thèse comprise et reformulée avec ses mots qu’une phrase exacte dont on ne sait que faire.

Mon enfant confond la nature au sens de l’environnement et la nature d’une chose.

C’est la confusion la plus fréquente sur cette notion, et elle se lève par un exercice court : prendre dix phrases courantes contenant le mot nature et dire, pour chacune, lequel des trois sens est en jeu. Un quart d’heure suffit, et le tri devient ensuite automatique devant un sujet.

Faut-il avoir lu les œuvres en entier ?

Non, et ce n’est pas ce qui est attendu : il faut connaître la thèse défendue, son argument principal et un ou deux passages travaillés en classe. Lire un extrait lentement, en le reformulant paragraphe par paragraphe, apporte davantage que parcourir un ouvrage entier sans rien pouvoir en dire.

Peut-on deviner si cette notion tombera cette année ?

Non, et chercher à parier sur les sujets est le meilleur moyen de se retrouver démuni. Le programme de philosophie est constitué de notions liées entre elles : la nature communique avec la technique, la liberté, la vérité et le vivant. Travailler ces liens rend utilisable ce qui a été révisé, quel que soit l’intitulé rencontré. Pour tout ce qui touche aux modalités de l’épreuve, l’information à jour vient du professeur.

Comment aider quand on n’a jamais fait de philosophie ?

En jouant le rôle du lecteur qui ne comprend pas : demandez à votre enfant de vous expliquer un sujet et sa problématique en trois minutes, et arrêtez-le dès qu’une phrase n’est pas claire. Ce test ne demande aucune connaissance et repère les passages où la pensée n’est pas construite.

Les exemples tirés de l’actualité écologique sont-ils recevables ?

Oui, à condition qu’ils servent un argument et non l’inverse. Un exemple recevable est un exemple analysé : ce qu’il montre, ce qu’il ne montre pas, et en quoi il soutient la thèse du paragraphe. Un exemple posé sans analyse fait figure de remplissage, et il vaut mieux le supprimer.

En conclusion

La notion de nature se tient par les distinctions plus que par les références : trois sens du mot, trois couples d’opposition, quatre repères d’auteurs. C’est le glissement du fait à la valeur, celui qui fait dire que le naturel est bon, qui distingue les copies. Faites écrire à votre enfant six introductions plutôt qu’une dissertation de plus : c’est là que se joue l’essentiel, et les questions de forme et de calendrier de l’épreuve se posent au professeur, seul à disposer de l’information à jour.

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