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Philo : la vérité

La vérité est la notion sur laquelle chacun croit avoir quelque chose à dire, et celle où les copies se ressemblent le plus : la vérité est relative, chacun a sa vérité, et le devoir est terminé au bout d’une page. Le problème n’est pas le manque de références ; c’est que la notion n’est pas définie avant d’être discutée. Voici le problème, la raison des copies plates, une méthode de révision autour de Platon, Descartes, Kant et Nietzsche, et les erreurs à ne pas commettre.

Le problème : la vérité n’est pas la réalité

Première distinction, et elle règle à elle seule une bonne part des devoirs : la réalité est ce qui est, la vérité une propriété de ce que l’on en dit. Un arbre n’est ni vrai ni faux ; l’énoncé cet arbre est mort, lui, peut l’être. Une copie qui parle de la vérité comme d’une chose cachée derrière les apparences confond les deux et ne peut plus poser de question précise.

Deux autres distinctions sont indispensables. Le vrai n’est pas le certain : on peut être certain et se tromper, et l’histoire des sciences est faite d’énoncés tenus pour vrais puis abandonnés. Le vrai n’est pas non plus le véridique : mentir, c’est dire ce que l’on croit faux, ce qui ne dit rien de la vérité de l’énoncé prononcé.

Reste une distinction plus fine, et très rentable : une opinion peut être vraie par hasard, sans être un savoir, parce que celui qui la formule ne sait pas pourquoi elle est vraie. C’est ce décalage que Platon exploite, et c’est souvent là que la copie trouve son problème.

La cause des copies plates : le relativisme spontané

À chacun sa vérité est la phrase qui tue le plus de devoirs, pour une raison simple : elle se retourne contre elle-même. Si toute vérité est relative à celui qui la formule, cette affirmation-là l’est aussi, et elle ne s’impose à personne, pas même à celui qui l’écrit.

Le repérer n’est pas une finesse rhétorique : c’est ce qui fait démarrer le devoir. La thèse relativiste n’est pas à écarter mais à prendre au sérieux, puis à mettre à l’épreuve. Une copie qui l’énonce en première partie et montre ensuite ce qu’elle ne peut pas dire est déjà une copie qui pense.

La méthode : quatre auteurs, quatre déplacements

L’efficacité d’une révision de notion ne vient pas du nombre d’auteurs, mais de la clarté du déplacement que chacun opère. Quatre suffisent ici, et ils ne répondent pas à la même question.

  1. **Platon** sépare l’opinion et le savoir. Dans la République, l’allégorie de la caverne décrit des hommes qui prennent des ombres pour la réalité : la vérité ne se donne pas dans ce qui se voit, elle se conquiert contre les apparences, et le chemin est pénible. Détail à ne pas oublier : celui qui redescend annoncer ce qu’il a vu n’est pas cru.
  2. **Descartes** ne cherche pas des vérités, il cherche un critère. Dans les Méditations métaphysiques, il révoque en doute tout ce qui peut l’être, les sens, les raisonnements, l’état de veille, pour voir s’il reste de l’indubitable. Ce qui reste est que je pense, donc que je suis. Le doute n’est pas du scepticisme : c’est un instrument.
  3. **Kant** limite le champ. Dans la Critique de la raison pure, la connaissance porte sur les phénomènes, c’est-à-dire sur les choses telles qu’elles nous apparaissent dans les formes de notre sensibilité et de notre entendement, et non sur la chose en soi. Ce n’est pas dire que rien n’est vrai : c’est dire de quoi il peut y avoir vérité, et où la raison sort de son domaine.
  4. **Nietzsche** interroge le désir de vérité lui-même : pourquoi voulons-nous le vrai, et quelle valeur ce vouloir sert-il ? Il substitue aux vérités des perspectives liées à des conditions de vie. Par-delà bien et mal porte cette question ; Vérité et mensonge au sens extra-moral décrit les vérités comme des métaphores dont on a oublié qu’elles en étaient.

La méthode : un seul exemple, passé aux quatre auteurs

La révision efficace consiste à prendre un cas, un seul, et à le faire parler avec chaque auteur. Prenez le bâton qui semble brisé quand on le plonge dans l’eau : l’exemple est classique, et vérifiable dans un verre d’eau.

L’illusion est parfaite, et elle ne cesse pas quand on sait à quoi elle est due : c’est ce décalage entre ce que je vois et ce que je sais qui est intéressant. Platon y lit la nécessité de sortir du sensible ; Descartes, une raison de ne pas fonder le savoir sur les sens ; Kant, l’occasion de rappeler que l’erreur naît du jugement porté sur la sensation ; Nietzsche, celle de demander pourquoi nous appelons vraie la version calculée plutôt que celle que nous voyons.

Un cas travaillé de cette façon fournit une introduction, une objection et un exemple pour trois sujets différents. Dix fiches d’auteurs recopiées, non.

Les erreurs fréquentes, et comment les corriger

Six erreurs revenant sans cesse sur cette notion, et chacune a un correctif court.

  • **Confondre vérité et réalité**, donc parler de découvrir la vérité comme on découvre un objet. Correctif : ramener la question à des énoncés, de quoi peut-on dire que c’est vrai ?
  • **Réduire Descartes au cogito** en oubliant le doute qui y conduit. Le doute est la partie utile ; sans lui, la formule est un slogan.
  • **Faire de Kant un sceptique** : la chose en soi inconnaissable ne signifie pas que la science ne dit rien de vrai. Kant explique au contraire pourquoi elle vaut dans son domaine.
  • **Faire de Nietzsche un relativiste commode** qui autoriserait à conclure que tout se vaut. Il ne dit pas que tout est faux ; il interroge la valeur du vrai, ce qui est une autre opération.
  • **Prendre la science comme garantie finale** : elle fournit au contraire le meilleur exemple de vérités révisables, et une copie qui l’ignore se prive de son meilleur matériau.
  • **Citer sans employer** : un nom d’auteur sans thèse et sans objection se repère immédiatement, et il coûte plus qu’il ne rapporte.

Questions fréquentes

Faut-il avoir lu les œuvres ?

Non, mais il faut avoir lu quelque chose. Quelques pages travaillées et annotées valent mieux qu’un résumé de l’œuvre entière : elles donnent une phrase que l’on peut citer juste et un mouvement d’argumentation restituable. Savoir situer une thèse, un exemple et une objection suffit.

Les exemples scientifiques sont-ils acceptés en philosophie ?

Oui, à condition d’être analysés et non invoqués comme autorité. Un modèle abandonné puis remplacé est un excellent matériau, parce qu’il oblige à distinguer ce qui était certain de ce qui était vrai. Posée sans analyse, la même référence devient un argument d’autorité, ce qui est le contraire de l’exercice.

Comment sortir de la formule chacun sa vérité ?

En la retournant, en deux temps. D’abord, elle s’applique à elle-même et se détruit. Ensuite, le désaccord dont on la tire suppose que les deux parties visent la même chose et que l’une se trompe. On n’a pas réfuté le relativisme en une ligne, mais on a de quoi construire un devoir au lieu de le clore.

Quelles sont les modalités de l’épreuve de philosophie ?

La nature des sujets proposés, l’organisation de l’épreuve et les attendus de la correction se demandent au professeur de philosophie, seul à jour pour la session en cours. Aucune page ne peut porter cette information sans risquer de la périmer.

Mon enfant connaît le cours et rend des copies moyennes.

L’écart n’est pas dans les connaissances mais dans la production : ce qui se note est la capacité à poser un problème et à tenir un fil, et cela ne s’acquiert qu’en rédigeant. Deux introductions écrites en entier sur des sujets inventés pour l’occasion révèlent en vingt minutes ce qu’une fiche relue dix fois laisse passer.

En conclusion

Une copie sur la vérité se juge d’abord sur un point : a-t-elle distingué la vérité de la réalité, du certain et du véridique avant d’en discuter ? Ensuite sur sa capacité à prendre le relativisme au sérieux puis à le mettre à l’épreuve. Platon oppose savoir et opinion, Descartes cherche un critère, Kant borne le domaine du connaissable, Nietzsche met en question le désir de vérité lui-même. Pour l’épreuve elle-même, l’information à jour vient du professeur.

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