9 min de lecture

Philo : la justice

La justice est l’une des notions de terminale que les élèves croient faciles, parce que tout le monde a un avis sur ce qui est injuste. C’est le piège : un devoir sur la justice se perd presque toujours dans l’opinion. Partons d’un cas banal de salle de classe, puis remontons vers les distinctions et les quatre auteurs que la révision doit tenir : Aristote, Kant, Rawls et Foucault.

Un cas concret : la note de groupe

Un travail de groupe est noté 14 sur 20, et les quatre élèves reçoivent 14. L’un a fait la moitié du dossier, un autre presque rien. Trois réactions apparaissent aussitôt, et chacune est déjà une théorie de la justice sans le savoir.

La première : tout le monde a la même note, c’est un travail commun ; c’est l’égalité arithmétique. La deuxième : chacun est noté selon ce qu’il a fourni ; c’est le mérite, ou la proportionnalité. La troisième : il faut tenir compte de ce qu’un des élèves a été absent trois semaines ; c’est l’équité, qui corrige la règle selon la situation.

Le cas est minuscule, et il contient l’essentiel du problème : ces trois exigences sont défendables, incompatibles, et aucune n’est fausse. Un devoir sur la justice travaille cette incompatibilité au lieu de choisir un camp dès l’introduction.

Les distinctions à tenir avant tout auteur

Avant d’ouvrir une œuvre, trois distinctions doivent être disponibles : elles suffisent à structurer une copie, et leur absence explique la plupart des devoirs plats.

  1. **Le juste et le légal** : ce qui est conforme à la loi peut être injuste, et une revendication de justice peut s’opposer au droit en vigueur. Sans cette distinction, la copie décrit des institutions au lieu de penser.
  2. **L’égalité, le mérite et l’équité** : trois critères de répartition, incompatibles, tous légitimes. Le cas de la note de groupe suffit à les faire tenir ensemble dans une copie.
  3. **Répartir et réparer** : distribuer des biens, des places, des notes est un problème ; réparer un tort, punir, en est un autre. Confondre les deux est l’erreur la plus fréquente sur cette notion.

Aristote : la proportion, et deux justices distinctes

Aristote, dans l’Éthique à Nicomaque, sépare deux formes de justice, et c’est de lui que vient la distinction entre répartir et réparer. La justice distributive répartit honneurs et biens selon le mérite, donc selon une proportion : à mérite double, part double. Ce n’est pas l’égalité arithmétique mais une égalité de rapports.

La justice corrective, elle, rétablit un équilibre rompu par un tort : elle ne regarde pas le mérite des personnes, elle mesure le dommage et le compense. Aristote fournit en outre l’outil qui manque le plus souvent aux copies, l’équité comme correction de la loi : la loi est générale, les cas sont particuliers, et il faut parfois s’écarter de la lettre pour rester fidèle à son intention. L’élève absent trois semaines relève exactement de là.

Kant : la justice ne se règle pas sur les conséquences

Kant déplace la question. Le juste, chez lui, ne se déduit pas du bonheur produit ni de l’utilité : il se pense à partir des conditions sous lesquelles la liberté de chacun peut coexister avec celle des autres selon une loi universelle. Le critère est formel, il porte sur la règle et non sur son résultat.

Deux conséquences sont mobilisables dans un devoir. La personne ne doit pas être traitée seulement comme un moyen : une répartition qui sacrifie quelques-uns au bénéfice du plus grand nombre est disqualifiée d’avance. Et sur la punition, Kant refuse qu’on punisse pour l’exemple ou pour l’utilité sociale : la peine se justifie parce qu’un tort a été commis, et se mesure sur ce tort.

C’est le meilleur contradicteur du raisonnement spontané des élèves, presque toujours utilitariste : « il faut faire ce qui profite au plus grand nombre ».

Rawls : le voile d’ignorance

Rawls, dans la Théorie de la justice, propose une expérience de pensée qui parle immédiatement aux élèves : choisir les règles d’une société sans savoir quelle place on y occupera, ni son milieu, ni ses talents, ni sa santé. C’est la position originelle, derrière un voile d’ignorance.

Rawls soutient qu’on choisirait d’abord des libertés fondamentales égales pour tous, puis que les inégalités ne seraient acceptables que si elles profitent aussi aux plus défavorisés. Ce second point, le principe de différence, est la thèse à retenir : il autorise l’inégalité sans la justifier par le seul mérite.

Appliqué à la note de groupe, le dispositif donne un critère net : quelle règle de notation choisirais-tu si tu ne savais pas encore lequel des quatre élèves tu vas être ?

Foucault : déplacer la question de la punition

Foucault, dans Surveiller et punir, ne demande pas ce qui est juste, mais comment les sociétés punissent et ce que leurs façons de punir révèlent. Il décrit le passage du supplice public à la prison et refuse d’y lire un simple progrès de l’humanité : ce qui change, c’est la manière d’exercer un pouvoir sur les corps, par la surveillance et la discipline plutôt que par le spectacle.

Pour une copie, il sert à critiquer le présupposé des autres auteurs, qui cherchent le critère du juste et laissent de côté les institutions qui l’appliquent, et à rappeler que la prison est un dispositif historique, non la forme naturelle de la peine.

Attention à l’usage : Foucault n’énonce pas ce que la justice devrait être, et l’employer comme conclusion morale fait un contresens. Il se place en troisième partie, comme déplacement du problème.

Questions fréquentes

Combien d’auteurs faut-il maîtriser sur une notion ?

Mieux vaut trois auteurs sur lesquels on sait produire un exemple et une objection que huit noms cités. Une référence décorative se repère immédiatement à la correction.

Les exemples pris dans l’actualité sont-ils acceptés ?

Oui, à condition de les traiter comme des cas à analyser et non comme des preuves. Un exemple scolaire, comme la note de groupe, est souvent plus sûr et tout aussi efficace.

Quelles sont les modalités de l’épreuve de philosophie ?

Les modalités, la nature des sujets proposés et les attendus de correction se demandent au professeur de philosophie, qui donne l’information à jour pour la session en cours. Elles évoluent, et il ne faut pas les prendre dans un article.

Peut-on savoir à l’avance quelles notions vont tomber ?

Non, et parier sur une notion est la plus mauvaise stratégie de révision qui existe. La méthode fiable consiste à travailler les distinctions transversales, ici juste et légal, répartir et réparer, qui servent sur un grand nombre de sujets différents.

Comment réviser une notion concrètement, en une heure ?

Une fiche en trois colonnes : les distinctions, les auteurs avec une thèse et une objection chacun, deux exemples travaillés. Puis on ferme la fiche et on rédige une introduction sur un sujet inventé ; dix introductions rédigées dans l’année valent mieux que dix fiches relues.

En conclusion

Une copie sur la justice se juge à sa capacité à tenir ensemble des exigences incompatibles : égalité, mérite, équité, puis répartition et réparation. Aristote installe ces distinctions, Kant refuse de les régler par l’utilité, Rawls propose un critère de choix, Foucault déplace la question vers les institutions. Pour l’épreuve elle-même, l’information à jour vient du professeur.

À explorer aussi

🎁 Reçois 10 fiches d'exos gratuites

Du CP au CM2, à imprimer. Sans engagement. Reçois-les en 30 secondes par email.

Pas de spam. Désabonnement en 1 clic. Voir notre politique de confidentialité.

Cet article t'a aidé ? Partage-le 🙏

📰 Sur le même sujet

Mon avis