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Philo : le langage

Le langage est la notion sur laquelle les copies se ressemblent le plus : les mots trahissent la pensée, les animaux communiquent mais ne parlent pas, et la dissertation est finie au milieu de la première partie. Elle est pourtant bien outillée, parce que quatre thèses très différentes s’y opposent. Voici un diagnostic, un plan de sept jours, et ce qui se vérifie ensuite.

Le diagnostic : quatre questions, quinze minutes

Avant de réviser, il faut savoir ce qui manque. Ces quatre questions se posent à l’oral, sans le cours, et la réponse à chacune indique un jour du plan plutôt qu’une note.

  1. **« Qu’est-ce qu’un signe ? »** Si la réponse mélange le mot, la chose et l’image mentale, la distinction du signifiant et du signifié manque : c’est le jour 1.
  2. **« Peut-on penser sans langage ? »** Si la réponse est un oui ou un non tranché, sans distinguer les formes de pensée en jeu, c’est le jour 2.
  3. **« Un mot a-t-il un sens en lui-même ? »** Si l’élève ne conçoit pas que le sens vienne de l’usage, Wittgenstein n’est pas installé : c’est le jour 3.
  4. **« Peut-on faire quelque chose en parlant ? »** Si la question surprend, les actes de langage manquent : c’est le jour 4, et l’angle le plus rentable de la notion.

Les quatre thèses à distinguer

Toute la notion peut être tenue avec ces quatre positions, à condition de savoir ce que chacune conteste. Le piège est de les empiler comme des fiches ; l’intérêt est de les faire se répondre.

  • **Saussure : le signe est arbitraire.** Le Cours de linguistique générale, composé à partir de ses cours, distingue le signifiant, face sonore ou graphique, et le signifié, le concept. Rien ne rattache naturellement l’un à l’autre, et un mot ne tire sa valeur que de sa différence avec les autres. La langue est un système, pas une collection d’étiquettes.
  • **Wittgenstein : le sens est l’usage.** Le Tractatus logico-philosophicus assigne au langage des limites strictes, d’où l’idée que les limites de ma langue sont celles de mon monde. Les Recherches philosophiques renversent la perspective : un mot n’a pas de signification cachée, il a un emploi dans des jeux de langage. Chercher sa vraie définition hors de son usage est un faux problème.
  • **Searle : parler, c’est agir.** À la suite d’Austin, dont le titre français dit tout, Quand dire, c’est faire, il systématise dans Les Actes de langage l’idée qu’une parole n’est pas seulement vraie ou fausse : elle promet, ordonne, baptise, condamne. Le langage intervient dans le réel au lieu de le refléter.
  • **Chomsky : la langue tient à une structure.** Contre l’idée que parler s’apprend par simple imitation, sa grammaire générative, exposée dans Structures syntaxiques, soutient que produire des phrases nouvelles et correctes suppose une organisation formelle. Il distingue la compétence, ce qu’un locuteur peut produire, et la performance, ce qu’il produit.

Le plan de sept jours

Une notion par jour n’a pas de sens ; une thèse par jour, si. Chaque journée demande une trentaine de minutes et se termine par un écrit, même court : une notion de philosophie non écrite n’est pas révisée.

  1. **Jour 1 : le signe.** Reprendre signifiant, signifié, arbitraire, système. Écrire un paragraphe expliquant pourquoi l’onomatopée n’est pas une objection décisive à l’arbitraire du signe.
  2. **Jour 2 : langage et pensée.** Poser la question des deux côtés, en distinguant l’intuition muette et la pensée articulée. Écrire un paragraphe sur une expérience où l’on cherche ses mots : que prouve-t-elle ?
  3. **Jour 3 : Wittgenstein.** Le passage du Tractatus aux Recherches, résumé en dix lignes. Puis trois exemples de jeux de langage pris dans la journée : une consigne, une plaisanterie, une prière.
  4. **Jour 4 : les actes de langage.** Lister cinq énoncés qui font ce qu’ils disent, et vérifier ce que le contexte doit garantir pour qu’ils fonctionnent. C’est la journée la plus rentable.
  5. **Jour 5 : Chomsky et la structure.** Compétence et performance, créativité des énoncés. Écrire une phrase grammaticalement correcte et pourtant absurde, et dire ce que cela sépare.
  6. **Jour 6 : les objections.** Le langage trahit-il la pensée ? Travailler l’idée que les mots écrasent la nuance du vécu, puis lui opposer que la parole peut accomplir la pensée plutôt que la traduire.
  7. **Jour 7 : rédaction.** Introduction complète et plan détaillé sur un sujet de la notion, sans le cours, en une heure. C’est le seul exercice qui vérifie la semaine.

Les exemples à avoir en réserve

Les actes de langage d’abord, parce qu’ils sont concrets : promettre, baptiser, déclarer une séance ouverte. Le cas de la promesse est le plus utile, parce qu’une parole y engage indépendamment de sa vérité. Une dissertation sur cette notion échoue plus souvent par manque d’exemples précis que par manque de thèses.

Ensuite la chambre chinoise, proposée par Searle : un dispositif peut manipuler des symboles selon des règles sans rien comprendre de ce qu’ils signifient ; elle sépare la syntaxe de la sémantique. Puis les langues et leurs découpages différents du réel, qui illustrent l’arbitraire du signe. Enfin la novlangue de 1984, qui relie langage et pouvoir.

Le suivi : ce qui se vérifie après la semaine

Un seul indicateur compte, et ce n’est pas la quantité de fiches : votre enfant peut-il restituer chacune des quatre thèses en une phrase, sans nommer l’auteur, et dire ce qu’elle conteste ? Reprenez aussi l’écrit du jour 7 : si la troisième partie répète la première en plus prudent, ce sont les transitions qu’il faut travailler.

Le troisième est une reprise espacée, très courte : trois jours après, puis une semaine après, dix minutes à l’oral. Reprendre à intervalle croissant est ce qui fixe ce contenu. Pour le format et les attentes de l’épreuve, adressez-vous au professeur : aucun article ne peut prévoir les sujets.

Questions fréquentes

Quatre auteurs, est-ce assez pour la notion ?

C’est déjà beaucoup si les quatre sont réellement disponibles. Une copie tenue avec deux thèses bien comprises et bien opposées vaut mieux qu’une copie qui en cite six. Le critère est la capacité à dire ce que chaque thèse refuse.

Faut-il connaître de la linguistique pour cette notion ?

Non, seulement le vocabulaire qui sert au raisonnement philosophique : signe, signifiant, signifié, arbitraire, usage, énoncé. Aller plus loin dans la technicité n’ajoute rien à une dissertation et prend le temps du travail sur le plan.

Mon enfant écrit toujours que les mots trahissent la pensée.

C’est une thèse défendable, mais elle doit être discutée et non posée. L’objection à installer est simple : si la pensée précédait entièrement la parole, on n’expliquerait pas qu’on découvre ce qu’on pense en le formulant. Faire écrire ces deux paragraphes côte à côte débloque souvent la notion.

Comment relier cette notion aux autres du programme ?

Trois ponts sont immédiats : la vérité, selon que le langage la dit ou la construit ; l’art, avec ce que dit une œuvre que le discours ne dit pas ; la technique, avec le langage tenu pour un instrument. Ils servent souvent d’ouverture.

Que faire des fiches déjà écrites en début d’année ?

Les fermer et les tester. Reformuler chaque thèse à voix haute sans la fiche, puis ne réécrire que ce qui a manqué. Relire une fiche donne un sentiment de maîtrise qui ne résiste pas à la copie ; se faire interroger dessus, si.

Sur quels sujets faut-il s’entraîner ?

Sur des formulations variées de la notion plutôt que sur des sujets supposés probables : personne ne peut prévoir ce qui sera proposé, et miser sur une prédiction expose au pire. Le professeur est la bonne source pour choisir les sujets d’entraînement.

En conclusion

Retenez la structure plutôt que les fiches : le signe est arbitraire, le sens est un usage, parler est agir, la langue suppose une organisation formelle. Quatre thèses, quatre adversaires, une semaine pour les installer, deux reprises de dix minutes pour les fixer. C’est une notion où le travail rend beaucoup.

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