Philosophie · terminale
Theme de la justice en philo
Le mot justice désigne deux choses qu'on ne cesse de confondre : une institution qui applique des lois, et une valeur au nom de laquelle on juge ces lois elles-mêmes. Poser cette dualité, c'est déjà avoir la moitié du plan.
Le problème
Nous attendons de la justice qu'elle traite tout le monde également. Mais traiter également des situations inégales produit de l'injustice : appliquer la même règle à qui a beaucoup et à qui n'a rien creuse l'écart.
Nous attendons aussi qu'elle donne à chacun selon son mérite. Mais le mérite dépend en partie de dons et de circonstances dont personne n'est l'auteur.
Le problème est donc celui d'un partage impossible à fonder simplement : l'égalité stricte est injuste, la proportion au mérite l'est aussi. C'est entre ces deux échecs que la réflexion doit se loger.
Les distinctions qui structurent le devoir
La première est celle sans laquelle aucun sujet sur cette notion ne peut être traité.
- Justice et légalité : ce qui est juste, et ce qui est conforme à la loi en vigueur.
- Justice distributive et justice corrective : répartir des biens selon un critère, et rétablir un équilibre rompu.
- Égalité et équité : la même règle pour tous, ou une règle ajustée aux situations.
- Droit et morale : ce qui s'impose extérieurement, et ce qui oblige en conscience.
- Punir, réparer, prévenir : trois finalités distinctes de la sanction, souvent confondues.
Les repères d'auteurs
Pour Aristote, il faut distinguer une justice qui répartit les biens et les honneurs selon un critère de mérite, et une justice qui corrige les transactions en rétablissant l'égalité rompue. La première est proportionnelle, la seconde arithmétique.
Pour Platon, la justice dans la cité tient à ce que chacun accomplisse la fonction qui lui revient, et il fait de cette organisation le reflet d'un ordre intérieur à l'âme.
Pour Rawls, on peut déterminer des principes justes en imaginant des personnes qui choisiraient les règles sans savoir quelle place elles occuperont. Sous ce voile d'ignorance, nul n'a intérêt à instituer un désavantage dont il pourrait être la victime.
Pour Hobbes, en revanche, il n'y a ni juste ni injuste avant la loi : c'est le pouvoir instituant qui crée la mesure. Une position radicale, qui a le mérite d'obliger à justifier l'idée d'un juste antérieur au droit.
Les pièges de sujet
Le premier est de traiter la justice uniquement comme institution judiciaire : tribunaux, procès, peines. Beaucoup de sujets portent sur la valeur, pas sur l'appareil.
Le deuxième est de conclure « la justice parfaite n'existe pas » et de s'arrêter. Une copie doit alors expliquer pourquoi nous continuons pourtant à revendiquer la justice, et à quoi sert un idéal inatteignable.
Le troisième est de confondre égalité et équité en les employant l'un pour l'autre. La distinction est facile à tenir avec un exemple : donner à chacun la même chose, ou donner à chacun ce dont il a besoin.
Comment préparer cette notion
Trois cas donnent immédiatement de la matière et évitent l'abstraction.
Le premier : la fiscalité progressive. Le même taux pour tous serait égal ; le taux croissant est jugé plus juste. Pourquoi ? La réponse mobilise directement égalité et équité.
Le deuxième : les aménagements pour un élève à besoins particuliers. Traiter différemment y est perçu comme la condition de l'égalité réelle, ce qui met la distinction en évidence.
Le troisième : la prescription des délits. Elle heurte l'idée que le juste ne s'efface pas avec le temps, et permet d'interroger ce que la justice cherche vraiment — punir, réparer ou permettre de vivre ensemble.
Questions fréquentes
Quelle différence entre juste et légal ?
Le légal est conforme à la loi en vigueur ; le juste renvoie à une valeur au nom de laquelle on peut critiquer la loi elle-même. Sans cet écart, aucune réforme du droit ne serait pensable.
Égalité ou équité ?
L'égalité applique la même règle à tous ; l'équité ajuste la règle aux situations. Les aménagements scolaires ou l'impôt progressif reposent sur l'idée que traiter identiquement des situations inégales n'est pas juste.
À quoi sert la punition ?
Trois finalités sont distinguées : punir pour rétribuer la faute, réparer le tort causé, prévenir la récidive. Elles ne conduisent pas aux mêmes peines, et les confondre rend le raisonnement flou.
La justice parfaite est-elle possible ?
Répondre non ne suffit pas. Il faut expliquer pourquoi nous continuons à la revendiquer, et ce que change le fait de disposer d'un idéal qui sert à critiquer l'existant.