Philosophie · terminale
Theme de l'Etat en philo
L'État exerce sur nous une contrainte que nous n'avons pas individuellement acceptée : il prélève, interdit, punit. La question philosophique n'est pas de savoir s'il est utile — c'est de savoir ce qui peut rendre cette contrainte légitime.
Le problème
Nul n'a signé de contrat en naissant, et pourtant chacun est soumis à des lois qu'il n'a pas votées. La force seule ne suffit pas à justifier cette soumission : un brigand aussi peut contraindre.
Il faut donc distinguer la puissance et l'autorité. La puissance oblige à céder, l'autorité oblige à obéir — et seule la seconde peut être dite légitime.
D'où le problème : qu'est-ce qui transforme une contrainte en obligation ? Toutes les grandes théories politiques sont des réponses à cette question, et non des descriptions d'institutions.
Les distinctions qui structurent le devoir
Elles évitent la copie qui parle d'actualité au lieu de traiter la notion.
- État, société, nation, gouvernement : l'institution, le groupe humain, la communauté d'appartenance, l'équipe qui exerce le pouvoir.
- Puissance et autorité : contraindre, et être reconnu comme fondé à commander.
- Légalité et légitimité : conforme à la loi, et fondé en raison — les deux peuvent se séparer.
- Droit naturel et droit positif : ce qui vaudrait indépendamment des lois, et ce que les lois établissent.
- Souveraineté et gouvernement : qui détient le pouvoir en dernier ressort, et qui l'exerce.
Les repères d'auteurs
Pour Hobbes, l'état de nature est un état où chacun a droit à tout, donc un état de guerre où nul n'est en sûreté. Les hommes renoncent à leur droit au profit d'un souverain, parce que même un pouvoir redoutable vaut mieux que l'insécurité générale.
Pour Locke, les hommes possèdent des droits avant l'État — vie, liberté, propriété — et n'instituent le pouvoir que pour les garantir. Il en découle que ce pouvoir est limité et qu'un gouvernement qui les viole se retourne contre sa raison d'être.
Pour Rousseau, il ne s'agit pas de céder sa liberté mais de la transformer : en obéissant à la volonté générale, à laquelle on participe, on n'obéit qu'à soi-même. La difficulté est de distinguer cette volonté générale de la somme des intérêts particuliers.
Pour Weber, l'État se définit par le monopole de la violence physique légitime sur un territoire donné. Cette définition ne juge pas : elle décrit ce qui distingue l'État de toute autre organisation.
Les pièges de sujet
Le premier est de traiter le sujet par l'actualité politique. Un devoir de philosophie sur l'État n'est pas un commentaire sur un gouvernement en exercice.
Le deuxième est de prendre l'état de nature pour une hypothèse historique. Ni Hobbes ni Rousseau ne prétendent décrire un passé : c'est une fiction méthodique destinée à isoler ce que l'État apporte.
Le troisième est de confondre légalité et légitimité. Une loi peut être régulièrement adoptée et injuste ; c'est ce qui rend possible la question de la désobéissance, et une copie qui ne pose pas la distinction ne peut pas la traiter.
Comment préparer cette notion
La désobéissance civile est le cas qui met tout en tension : elle suppose de reconnaître l'autorité de la loi en général tout en refusant une loi particulière, et publiquement.
Un deuxième cas utile : l'impôt. Il permet de poser concrètement la question du consentement, puisqu'il s'agit d'une contrainte matérielle exercée sans accord individuel.
Un troisième : la sécurité contre la liberté. Toute mesure de protection restreint des libertés ; le sujet permet d'examiner s'il existe un seuil et qui peut le fixer.
Questions fréquentes
L'état de nature a-t-il existé ?
Ce n'est pas une hypothèse historique mais une fiction méthodique : elle sert à imaginer ce que serait la vie sans institutions, pour comprendre ce que l'État apporte et ce qui le justifie.
Quelle différence entre État et gouvernement ?
L'État est l'institution permanente, avec son administration, ses lois et son territoire ; le gouvernement est l'équipe qui exerce le pouvoir à un moment donné. Le second change, le premier demeure.
Qu'est-ce que la volonté générale chez Rousseau ?
Ce que veut le corps politique en tant qu'il vise l'intérêt commun, à distinguer de la somme des intérêts particuliers. Y obéir, c'est selon Rousseau n'obéir qu'à soi-même.
Peut-on désobéir à une loi injuste ?
C'est un sujet classique qui repose sur l'écart entre légalité et légitimité. La désobéissance civile se distingue de la délinquance en ce qu'elle est publique et accepte la sanction.