Philosophie · terminale

Theme du langage en philo

On dit volontiers que les mots trahissent la pensée, comme si la pensée existait d'abord et cherchait ensuite à s'habiller. Mais peut-on penser sans mots ? Si la réponse est non, le langage n'est plus un vêtement : il est la condition de ce qu'il exprime.

Le problème

Le sens commun tient le langage pour un instrument : j'ai une idée, je cherche le mot juste, je transmets. Dans ce modèle, la pensée précède et le langage suit.

L'expérience du travail intellectuel contredit ce modèle. On ne sait souvent ce qu'on pense qu'en l'écrivant, et l'effort pour formuler ne se contente pas de traduire une idée déjà là : il la précise, parfois il la transforme.

Le problème est donc de déterminer le statut du langage : simple véhicule d'une pensée autonome, ou condition sans laquelle la pensée resterait indéterminée ? Les conséquences diffèrent, y compris sur la question de savoir ce que l'animal peut penser.

Les distinctions qui structurent le devoir

Les trois premières viennent de la linguistique et sont indispensables pour ne pas employer le mot langage dans trois sens successifs.

  • Langage, langue, parole : la faculté humaine, le système particulier d'une communauté, l'usage individuel qu'on en fait.
  • Signe, signifiant, signifié : le lien entre une forme sonore ou écrite et un concept.
  • Communiquer et signifier : transmettre une information, et faire sens — les animaux font le premier.
  • Sens et référence : ce que le mot veut dire, et ce qu'il désigne dans le monde.
  • Dire et faire : certaines phrases n'informent pas, elles accomplissent — promettre, baptiser, déclarer.

Les repères d'auteurs

Pour Saussure, le signe est arbitraire : rien dans le mot arbre ne ressemble à un arbre, et d'autres langues emploient d'autres sons pour le même concept. Le sens naît des différences à l'intérieur d'un système, non d'un lien naturel.

Pour Descartes, la capacité d'agencer des mots pour répondre à des situations nouvelles distingue l'homme de l'animal et de la machine : ce n'est pas l'émission de sons qui compte, c'est la souplesse de l'usage.

Pour Bergson, les mots figent en catégories générales ce que l'expérience a de mouvant et de singulier ; le langage nous fait manquer la nuance propre de ce que nous éprouvons, en la rangeant sous des étiquettes communes.

Pour Austin, certaines paroles ne décrivent rien mais accomplissent un acte : dire « je promets » n'est pas rapporter une promesse, c'est la faire. Cette catégorie oblige à sortir du modèle du langage comme description.

Les pièges de sujet

Le premier est de conclure que les mots trahissent la pensée sans avoir examiné si une pensée sans mots est possible. La thèse est recevable, mais elle suppose la démonstration qui manque.

Le deuxième est de confondre communication animale et langage. Les signaux animaux transmettent des informations, mais la question est de savoir s'ils permettent de parler de ce qui est absent, de nier, ou de mentir.

Le troisième est de traiter le sujet en linguiste et d'oublier la philosophie. Les distinctions de Saussure sont des outils, pas le contenu du devoir : elles servent à poser un problème, pas à le remplacer.

Comment préparer cette notion

Trois exemples ouvrent des développements consistants.

Le premier : la traduction. Certains mots n'ont pas d'équivalent d'une langue à l'autre. Est-ce que ceux qui parlent ces langues pensent différemment, ou seulement l'expriment autrement ?

Le deuxième : le mensonge. Il suppose de dire ce qu'on ne pense pas, donc de distinguer l'énoncé et la croyance. C'est une capacité que le langage rend possible et qui en dit long sur son rapport à la vérité.

Le troisième : le vocabulaire technique. Un médecin dispose de mots que le patient n'a pas — et cette différence de vocabulaire est aussi une différence dans ce qu'ils peuvent percevoir et distinguer.

Questions fréquentes

Peut-on penser sans langage ?

C'est le cœur du sujet. On peut invoquer la pensée en images ou l'intuition ; on peut objecter que sans mots, ces contenus restent indéterminés et impossibles à articuler. Les deux positions se défendent.

Les animaux ont-ils un langage ?

Ils communiquent, ce qui n'est pas la même chose. La question philosophique porte sur la capacité de parler de l'absent, de nier, de mentir, et d'agencer les signes de façon nouvelle.

Que signifie que le signe est arbitraire ?

Qu'aucun lien naturel n'unit la forme d'un mot à ce qu'il désigne : d'autres langues emploient d'autres sons pour le même concept. Le sens vient du système de différences, non d'une ressemblance.

Qu'est-ce qu'un énoncé performatif ?

Un énoncé qui accomplit l'acte qu'il nomme au lieu de le décrire : « je promets », « je déclare la séance ouverte ». Il montre que le langage ne se réduit pas à représenter le monde.

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