Philosophie · terminale
Theme du bonheur en philo
Tout le monde veut être heureux, et personne ne s'accorde sur ce que cela veut dire. Cette contradiction n'est pas un défaut du langage : elle indique que le bonheur est un but qui ne se laisse pas définir avant d'être poursuivi, ce qui pose un problème redoutable.
Le problème
Le bonheur se présente comme la fin de toutes nos actions : on cherche l'argent pour la sécurité, la sécurité pour la tranquillité, et ainsi de suite jusqu'à un terme qu'on ne veut pour rien d'autre.
Mais si le bonheur est le but de tout, il ne peut être défini par rien d'autre que lui-même. Chacun y met alors son contenu, et le mot cesse de désigner quoi que ce soit de commun.
S'ajoute une difficulté : le bonheur pourrait bien ne pas se laisser viser directement. Ceux qui le poursuivent le manquent souvent, tandis qu'il survient chez ceux qui poursuivaient autre chose.
Les distinctions qui structurent le devoir
Sans elles, la copie parle de bien-être et cesse d'être une dissertation.
- Bonheur, plaisir, joie : un état durable, une satisfaction ponctuelle, une intensité passagère.
- Bonheur et satisfaction : combler un manque, ou n'en plus éprouver.
- Désirer et vouloir : la tension vers ce qui manque, et la décision.
- Bonheur et morale : être heureux, et mériter de l'être — ce n'est pas la même exigence.
- Vertu et plaisir : deux candidats concurrents au titre de souverain bien.
Les repères d'auteurs
Pour Aristote, le bonheur n'est pas un état passif mais une activité : celle de l'âme conforme à ce qui fait l'excellence propre de l'homme. Il ajoute qu'une vie heureuse suppose une durée, ce qui exclut d'appeler heureux un instant.
Pour Épicure, il ne s'agit pas d'accumuler des plaisirs mais de trier les désirs : ceux qui sont naturels et nécessaires, ceux qui sont naturels mais non nécessaires, et ceux qui ne sont ni l'un ni l'autre. La tranquillité vient de cette économie.
Pour les stoïciens, le partage décisif est entre ce qui dépend de nous — nos jugements, nos désirs — et ce qui n'en dépend pas. Le malheur naît de vouloir ce qu'on ne peut pas obtenir.
Pour Kant, le bonheur relève de l'imagination et non de la raison : chacun en a une idée différente et changeante, si bien qu'on ne peut en faire le fondement de la morale. La morale commande d'agir bien, non d'être heureux.
Pour Pascal, ce que nous appelons recherche du bonheur est souvent une fuite : le divertissement nous occupe pour nous éviter de rester seuls face à notre condition.
Les pièges de sujet
Le premier est la copie de développement personnel : des conseils sur la gratitude et le moment présent. Ce registre est étranger à l'exercice.
Le deuxième est de confondre bonheur et plaisir, ce qui rend la dissertation confuse dès l'introduction. Le plaisir est ponctuel et lié à la satisfaction d'un manque ; le bonheur se dit d'une vie.
Le troisième est de conclure que le bonheur est subjectif, donc qu'il n'y a rien à en dire. C'est précisément l'objection à laquelle une bonne copie répond, en montrant que certaines conditions du bonheur peuvent être examinées objectivement.
Comment préparer cette notion
Le meilleur exercice consiste à confronter deux définitions incompatibles et à voir laquelle résiste.
Premier cas : une personne qui obtient tout ce qu'elle désirait et se découvre insatisfaite. Il met à l'épreuve l'idée que le bonheur consiste à satisfaire ses désirs.
Deuxième cas : une vie difficile mais tenue pour réussie par celui qui l'a menée. Il oblige à distinguer le bonheur du confort et à interroger le rôle du sens.
Troisième cas : le bonheur obtenu par illusion — quelqu'un qui serait heureux parce qu'on lui ment. Il pose la question du rapport entre bonheur et vérité, et fournit une troisième partie solide.
Questions fréquentes
Quelle différence entre bonheur et plaisir ?
Le plaisir est ponctuel et lié à la satisfaction d'un manque ; le bonheur qualifie une existence dans sa durée. Une succession de plaisirs ne fait pas nécessairement une vie heureuse.
Le bonheur est-il le but de la morale ?
Pour Aristote, la vie bonne et la vie heureuse coïncident. Pour Kant, non : la morale commande d'agir par devoir, et le bonheur ne peut fonder aucune obligation parce que chacun en a une idée différente.
Que veut dire l'ataraxie ?
L'absence de trouble. Chez Épicure, elle s'obtient en triant ses désirs plutôt qu'en les multipliant, et en écartant les craintes qui reposent sur des opinions fausses.
Peut-on être heureux dans l'illusion ?
C'est un excellent sujet de troisième partie. Il oblige à demander si le bonheur est un simple état ressenti ou s'il suppose un rapport juste à la réalité.