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Russe : difficulté et débouchés

Le russe fait partie des langues qu’un collège propose rarement, et qu’on choisit donc en connaissance de cause, ou sans savoir du tout ce qu’on choisit. Partons d’un cas précis, puis voyons ce qu’il apprend : où se situe la difficulté réelle, laquelle n’est pas celle qu’on redoute, et dans quels domaines cette langue sert ensuite.

Le cas de Nour, 4e, deux mois après avoir choisi le russe

Nour a pris le russe en LV2 parce que l’alphabet lui semblait mystérieux. Deux mois plus tard, elle lit sans effort : l’alphabet a été le passage le plus rapide de l’année. En revanche elle bute sur une phrase de quatre mots, parce que le mot qu’elle a appris comme « livre » n’a pas la même forme selon qu’il est sujet, objet, ou placé après une préposition.

Sa réaction est celle de presque tous les débutants : elle croit avoir mal appris son vocabulaire. Elle l’a très bien appris ; ce qui lui manque est l’idée que la fin du mot porte une information de fonction. Ce malentendu est le vrai obstacle des premiers mois, et il se lève par une explication, pas par du travail supplémentaire.

L’alphabet cyrillique : la difficulté qu’on redoute et qui n’en est pas une

L’alphabet russe compte trente-trois lettres, et il s’apprend vite parce qu’il se répartit en trois groupes très inégaux. Une fois cette répartition faite, ce qui reste à mémoriser est plus modeste qu’il n’y paraît.

  • **Les lettres familières** : А, Е, К, М, О, Т se lisent à peu près comme en français. Elles se retiennent sans travail.
  • **Les faux amis, seul vrai piège** : Р se lit r, Н se lit n, С se lit s, В se lit v, У se lit ou, Х se lit comme une raclée de gorge. Ce sont ces six-là qui font trébucher en lecture, parce que l’œil français lit d’abord la forme.
  • **Les lettres nouvelles** : Ж, Ц, Ч, Ш, Щ, Ы, Э, Ю, Я, plus les deux signes Ъ et Ь, qui ne se prononcent pas seuls mais modifient la consonne qui précède.

La difficulté réelle : la déclinaison, l’aspect et l’accent

Le russe décline : la fin du nom, de l’adjectif et du pronom change selon la fonction dans la phrase. Il y a six cas, nominatif, génitif, datif, accusatif, instrumental et prépositionnel, et chacun se combine avec le genre et le nombre. Cela fait beaucoup de formes, et c’est le travail principal des deux premières années.

Deux autres traits déroutent, moins visibles mais tout aussi structurants. L’aspect du verbe, d’abord : la plupart des verbes vont par paires, l’un pour l’action en cours ou répétée, l’autre pour l’action menée à son terme, et le choix se fait à chaque phrase. L’accent de mot, ensuite : il est mobile, il change le son des voyelles autour de lui, et il n’est pas écrit dans les textes ordinaires, ce qui oblige à apprendre chaque mot avec son accent.

En contrepartie, le russe simplifie là où le français complique : il n’a pas d’article, la conjugaison du présent est régulière pour l’essentiel, et l’orthographe suit la prononciation de bien plus près que la nôtre. Un élève qui souffre de l’orthographe française n’est pas nécessairement en difficulté en russe.

Ce que le cas de Nour dit de toutes les langues à cas

La généralisation est utile bien au-delà du russe, et vaut aussi pour l’allemand, le latin ou le polonais : dans une langue à cas, apprendre du vocabulaire par listes de traductions ne suffit pas. Il faut apprendre le mot dans une phrase, avec sa terminaison en situation, sinon l’élève accumule des formes de dictionnaire qu’il ne sait pas placer.

La conséquence pratique est simple à mettre en œuvre à la maison : on interroge sur des phrases, jamais sur des mots isolés. Un tableau de déclinaison se révise en produisant six phrases courtes, une par cas, plutôt qu’en récitant les six terminaisons ; c’est plus lent au début et beaucoup plus solide ensuite.

Les débouchés : où la langue sert réellement

Les domaines où le russe est demandé sont identifiables, et il vaut mieux les nommer que promettre un avantage général. Les relations internationales et la diplomatie en premier lieu, la traduction et l’interprétation, la recherche en histoire, en science politique et en études slaves, le journalisme et les organisations internationales. S’y ajoutent des secteurs industriels et énergétiques, ainsi que des échanges avec plusieurs pays où le russe reste une langue de communication.

Une précaution honnête, cependant : une langue seule n’est presque jamais un métier. Ce qui pèse, c’est la combinaison d’une langue peu répandue avec une compétence de fond, un droit, une économie, une ingénierie, une spécialité scientifique. Un élève de collège n’a pas à trancher cela ; il a seulement intérêt à savoir que le russe se combine bien, et qu’il se commence beaucoup plus facilement au collège qu’après.

Questions fréquentes

Faut-il être bon en français pour apprendre le russe ?

Il faut surtout être à l’aise avec l’analyse grammaticale : reconnaître un sujet, un complément d’objet, un complément circonstanciel. C’est ce qui rend les cas compréhensibles. Un élève solide en analyse et fâché avec l’orthographe part souvent mieux qu’on ne le croit.

Combien de temps pour arriver à tenir une conversation ?

Cela dépend trop du volume horaire, de l’exposition à la langue et de l’élève pour qu’une durée type ait un sens. La question utile à poser au professeur est celle des objectifs de fin d’année dans son cours, qui sont, eux, précis.

Comment aider si je ne connais pas un mot de russe ?

En faisant l’interrogateur, ce qui ne demande aucune connaissance : vous lisez la traduction française, l’enfant produit la phrase russe à voix haute. Vous n’avez pas besoin de juger la prononciation ; c’est la production régulière, pas la correction, qui manque le plus souvent.

L’écriture cursive russe est-elle nécessaire ?

Elle est demandée dans la plupart des cours, et elle surprend : plusieurs lettres cursives ne ressemblent pas à leur forme imprimée. Cela s’apprend comme un second alphabet, court, et mieux vaut le traiter tôt que de le découvrir au moment d’un contrôle.

En conclusion

Retenez l’inversion : l’alphabet cyrillique, qui fait hésiter les familles, est l’étape la plus rapide ; la déclinaison, dont personne ne parle avant de commencer, est le vrai travail. Un élève averti de cela, et qui apprend son vocabulaire en phrases plutôt qu’en listes, entre dans la langue sans le découragement du troisième mois. Le reste, débouchés compris, se construit ensuite par combinaison.

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